Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard,
Et dignes tous les deux de leur noble origine,
Différaient d'embonpoint : l'un deux était gras à lard,
C'était l'aîné ; sous son hermine,
D'un chamoine il avait la mine,
Tant il était dodu, potelé, frais et beau :
Le cadet n'avait que la peau
Collée à sa tranchante épine.
Cependant ce cadet, du matin jusqu'au soir,
De la cave à la gouttière
Trottait, courait, il fallait voir !
Sans en faire meilleure chère.
Enfin, un jour, au désespoir,
Il tint ce discours à son frère :
Explique-moi par quel moyen,
Passant ta vie à ne rien faire,
Moi travaillant toujours, on te nourrit si bien,
Et moi si mal. - La chose est claire,
Lui répondit l'aîné : tu cours tout le logis,
Pour manger rarement quelque maigre souris.
- N'est-ce pas mon devoir ? - D'accord, cela peut-être :
Mais moi je reste auprès du maître,
Je sais l'amuser de mes tours.
Admis à ses repas sans qu'il me réprimande,
Je prends de bons morceaux, et puis je les demande
En faisant patte de velours ;
Tandis que toi, pauvre imbécile,
Tu ne sais rien que le servir.
Va, le secret de réussir,
C'est d'être adroit et non utile.
Claris de Florian, Fables, 1788
par stéphanie
publié dans :
le chat et les mots
3
recommander
Retour à la page d'accueil
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête.
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au coeur.
Et que le soleil réchauffe ses deux chats...
Que je ne connaissais pas